Le CV en question
Les écoles de commerce abandonnent les épreuves écrites : ce que ça dit des tests à distance
En 2027, le concours ACCÈS (ESSCA, IÉSEG, ESDES) supprime ses épreuves écrites. Ce que ce choix dit des tests passés à distance, et la leçon pour un recruteur.

Septembre 2026. Trois écoles de commerce post-bac, l’ESSCA, l’IÉSEG et l’ESDES, annoncent que leur concours commun, ACCÈS, n’aura plus d’épreuves écrites à partir de la session 2027. Plus de copies, plus de sujets communs : les candidats seront sélectionnés sur leur dossier Parcoursup, puis à l’oral, dans chaque école. Pour un concours qui a réuni plus de 5 000 candidats post-bac en 2026, ce n’est pas un détail. C’est un aveu sur ce que vaut aujourd’hui un écrit qu’on ne peut plus vraiment contrôler.
Ce qui change concrètement
Jusqu’ici, le concours ACCÈS reposait sur trois épreuves écrites communes. À partir de 2027, elles disparaissent. La sélection se fait en deux temps :
- une analyse approfondie du dossier Parcoursup : notes de première et de terminale, notes des épreuves anticipées de français et de mathématiques, appréciations des professeurs (la « fiche Avenir ») ;
- des épreuves orales propres à chaque école, qui évaluent la motivation, la curiosité, l’argumentation et l’engagement.
Les écoles avancent plusieurs raisons. Réduire la pression sur des élèves de terminale déjà très sollicités. Lever une barrière psychologique qui pousse certains profils, notamment des jeunes femmes et des élèves de milieux modestes, à ne pas tenter leur chance. Valoriser la régularité d’un parcours plutôt qu’une performance d’un jour. Et une raison plus discrète, mais révélatrice : selon L’Etudiant, le directeur général de l’ESSCA, Jean Charroin, évoque la fraude comme un « risque permanent » qui plane sur les épreuves en ligne.
Des écrits passés à la maison depuis 2021
Pour comprendre ce dernier argument, il faut se souvenir d’où viennent ces épreuves. Depuis la crise sanitaire, les concours post-bac des écoles de commerce, ACCÈS comme SÉSAME, se passent en grande partie à distance, chez le candidat, devant son ordinateur. Les écoles ont investi lourdement pour sécuriser l’exercice : photo du candidat à intervalles réguliers, enregistrement audio, verrouillage de l’ordinateur, vérification d’identité, puis des dizaines de surveillants humains pour revoir les enregistrements.
Ces dispositifs détectent des fraudes. En avril 2022, SÉSAME a exclu 40 candidats sur 11 660, et ACCÈS 27 sur environ 7 000, essentiellement pour usage d’un téléphone pendant l’épreuve. Le directeur de SÉSAME le résumait alors sobrement : « Les tricheurs existent et existeront toujours. »
Ces chiffres datent d’avant l’arrivée massive de l’IA générative. Depuis, l’aide la plus efficace ne passe plus par un téléphone posé sur les genoux ou un ami caché dans la pièce. Elle tient dans un onglet, une montre, des lunettes, une oreillette. Plus le dispositif de surveillance s’alourdit, plus il devient intrusif pour les candidats honnêtes, et plus il coûte, sans jamais pouvoir garantir que personne n’a été aidé.
Sciences Po a pris le chemin inverse, pour la même raison
L’exemple de Sciences Po Paris est instructif, parce qu’il va dans l’autre sens. L’école avait supprimé ses épreuves écrites en 2021, au profit d’un dossier comprenant des exercices rédigés à la maison. Elle a annoncé en 2024 le retour d’une épreuve écrite commune, pensée comme « un instrument qui [mette] tous [les candidats] à égalité ».
Une école supprime l’écrit, l’autre le rétablit. Contradiction ? Pas vraiment. Les deux décisions répondent au même constat : un texte produit sans contrainte, chez soi, ne prouve plus qui l’a écrit. Sciences Po en tire la conclusion qu’il faut un écrit encadré et commun. Les écoles d’ACCÈS en tirent la conclusion qu’il vaut mieux juger le candidat sur un parcours scolaire long et le voir en personne. Dans les deux cas, l’exercice rédigé librement, sans vérification, a perdu sa valeur de preuve.
La leçon pour un recruteur
Si des écoles qui disposent de surveillants, de plateformes spécialisées et de budgets de concours en arrivent là, la question se pose avec plus de force encore pour une petite entreprise qui recrute.
Car le recrutement repose, lui aussi, sur des écrits produits à la maison. La lettre de motivation, d’abord, que la majorité des candidats qui utilisent l’IA lui confient désormais. Le CV, ensuite, de plus en plus souvent mis en forme par un assistant. Et parfois un exercice envoyé par email, à rendre sous 48 heures. Tous ces documents ont le même défaut que l’épreuve écrite d’un concours à distance : ils montrent un résultat, pas la personne qui l’a produit.
Faut-il pour autant renoncer à évaluer les compétences avant l’entretien et ne garder que l’oral ? Les écoles peuvent se le permettre : elles disposent de deux années de notes, d’appréciations de professeurs, d’épreuves anticipées du bac. Un recruteur de PME, lui, n’a souvent qu’un CV et une lettre, c’est-à-dire précisément les documents les moins fiables. S’il supprime toute évaluation préalable, il revient à trier sur ces seuls papiers.
La voie raisonnable tient en trois principes, que les concours suivent chacun à leur manière :
- Évaluer sur des éléments liés au poste, et pas sur la capacité à produire un document conforme. Une mise en situation tirée du quotidien du poste dit davantage qu’une lettre bien tournée.
- Encadrer l’évaluation, pour qu’un résultat ait du sens : temps limité, consignes claires, conditions connues à l’avance du candidat, et des signaux relus par un humain plutôt qu’un verdict automatique.
- Vérifier en personne. Un test, même bien conçu, reste un premier filtre. L’entretien sert à confirmer : reposer deux ou trois questions du test, demander au candidat d’expliquer sa démarche. Celui qui a vraiment résolu le problème sait l’expliquer.
Ce que nous en retenons chez SkipYourCV
C’est l’approche que nous avons retenue. Le candidat passe un test construit pour le poste (logique, rigueur, mise en situation, expression écrite), en temps limité, après avoir été informé des conditions. Le recruteur reçoit des rapports classés, à identité masquée. Les indices d’une aide extérieure sont relus par notre équipe avant d’être signalés, et ne modifient jamais le score. Et nous ne prétendons pas que le test suffit : il sert à choisir qui rencontrer, pas à embaucher à la place du recruteur. L’entretien reste le moment où l’on vérifie.
La décision d’ACCÈS ne dit pas que l’écrit est mort. Elle dit qu’un écrit qu’on ne peut pas relier à la personne qui l’a produit ne vaut plus grand-chose, et qu’il faut toujours, à un moment, voir le candidat. C’est vrai pour une école de commerce. C’est encore plus vrai pour un premier salarié.
Sources
- L’Etudiant, « Le concours Accès supprime ses épreuves écrites de sélection », 24 septembre 2026
- Le Monde des grandes écoles, « Le concours ACCÈS 2027 annonce la fin des épreuves écrites », 24 septembre 2026
- Lyon Entreprises, « Concours ACCÈS : les épreuves écrites disparaissent en 2027 »
- L’Etudiant, « Écoles de commerce : des cas de fraude lors des concours post-bac à distance », 3 mai 2022
- Business Cool, « Concours : des cas de triche constatés à SÉSAME et ACCÈS », 2022
- L’Etudiant, « Sciences Po Paris : le retour d’une épreuve écrite dès la session 2025 »
Photo : Charles Deloye
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